Dernière ligne droite pour Thomas Pesquet

Dernière ligne droite pour Thomas Pesquet

À l’initiative de l’Association des Journalistes Professionnels de l’Aéronautique et de l’Espace (AJPAE), l’astronaute a présenté le 15 septembre sa mission Proxima et souligné un programme riche de 300 expériences scientifiques.

Nous sommes désormais à un peu moins de J-60 dans le décompte du grand départ. Dans la nuit du 15 au 16 novembre prochain à Baïkonour, un lanceur Soyouz emportera l’équipage de l’Expédition 50/51 vers la Station Spatiale Internationale qui orbite à 400 kilomètres au-dessus de nos têtes. Thomas Pesquet ne sera bien évidemment pas seul à bord de son vaisseau ; le Soyouz MS-03 dont il sera le copilote. Il sera accompagné de deux vétérans en la personne de l’astronaute américaine Peggy Whitson qui a par le passé séjourné à deux reprises sur l’ISS (Station Spatiale Internationale) pour une durée cumulée de 379 jours. En 2008, elle a notamment participé à la mise à poste du module européen Colombus de la Station (Expedition 16) avec le Français Léopold Eyharts. Pilote dans l’armée de l’air russe, le cosmonaute Oleg Novitsky connaît lui aussi la Station pour y avoir passé un peu plus de 143 jours au cours de l’Expédition 33/34 en 2012.

Soyouz MS-03

L’équipage du Soyouz MS-03. De gauche à droite : Thomas Pesquet, Peggy Whitson et Oleg Novitsky.
Crédit : NASA

Un ravitaillement par quatre voies

Au terme d’une ascension de six heures (un tour de Terre s’effectuant en une heure et demie), le vaisseau Soyouz ira s’amarrer au module Rassvet (Aurore en russe) lui-même connecté au module Zarya de l’ISS. Durant les 180 journées de son vol où il officiera en tant qu’ingénieur de bord, Thomas pourra notamment superviser l’arrivée des différents vaisseaux qui viennent réapprovisionner le grand meccano que constitue la station. «Nous serons ravitaillés par des véhicules qui ne sont pas pilotés, précise l’astronaute. Il s’agit de cargos. Ils transportent de l’eau, de l’oxygène, des pièces de rechange, des habits, de la nourriture. Tout ce dont nous avons besoin pour accomplir notre mission».

ISS - NASA

Une portion de la Station Spatiale Internationale avec la Terre en bas et une aurore (en vert) en cours. Thomas Pequet a indiqué que lors de sa mission des vaisseaux de ravitaillement automatiques arriveraient et certains seront à capturer avec le bras robotique Canadarm2 qu’on peut voir ici avec un cargo Dragon de SpaceX.

Quatre types de vaisseaux différents réalimentent régulièrement l’ISS en denrées diverses. Trois Progress russes devraient arriver au cours de la mission. Un module HTV japonais est attendu en décembre avec dans ses soutes de nouvelles batteries pour la Station. En revanche, la venue d’une capsule Dragon de SpaceX pour la mi-novembre reste sujette à caution après l’explosion d’un lanceur Falcon 9 le 1er septembre. L’autre ravitailleur américain est le Cygnus de la firme Orbital ATK. À la différence de Progress, les trois derniers vaisseaux cités présentent la caractéristique de ne pas s’amarrer automatiquement. Ils sont d’abord saisis par le bras robotique Canadarm2 puis accolés au complexe orbital qui atteint la taille d’un terrain de foot.

Un travail en collaboration

Au cours des mois qu’il passera en impesanteur, l’astronaute normand ne chômera pas. «Six mois de mission dans la station spatiale, au global, c’est à peu près 300 expériences scientifiques, explique ce dernier. On en compte 80 côté russe et environ 220 côté NASA, JAXA, CSA et ESA. Il y a 50 expériences de l’ESA et sur ces 50, il y en a 17 qui sont gérées par le CNES…». Rappelons que les agences partenaires de la Station sont la NASA pour les USA, Roscosmos pour la Russie, la JAXA pour le Japon, la CSA pour le Canada et l’ESA pour l’Europe. Le CNES est l’agence spatiale française et elle intervient en collaboration avec l’ESA sur certaines expériences.

Pesquet

Certaines des expériences scientifiques menées là-haut sont à but médical et Thomas Pesquet en sera le cobaye. Le dispositif peut parfois ressembler à un instrument de torture ! Ici, l’astronaute se familiarise avec le matériel au sol.
Crédit : ESA

Ces expérimentations couvrent des domaines comme la physique des plasmas, les matériaux ou encore les démonstrations technologiques. Thomas doit notamment tester MATISS, une surface autonettoyante qui pourrait être un jour utilisée dans les hôpitaux. Lui-même sujet de recherche, il testera le skinsuit. Une combinaison prévue pour lutter contre l’absence de pesanteur en comprimant le corps des épaules aux pieds. Ce vêtement pourrait être utilisé un jour par les personnes souffrant du mal de dos. Un volet éducatif figure également au programme puisque la mission Proxima sera l’occasion d’une communication auprès des 7-12 ans dans 25 pays (initiative Mission X). Thomas prendra également part à 55 expérimentations internationales. «Je vais beaucoup travailler sur les expériences américaines, japonaises, ajoute l’astronaute. Je travaillerai aussi un peu sur les expériences canadiennes et bien sûr beaucoup sur les expériences européennes…»

L’art délicat de l’EVA…

Être un astronaute implique d’être à même de réaliser une activité extravéhiculaire en scaphandre (Extra Vehicular Activity en anglais soit EVA). Au cours de la venue du Français, quatre EVA sont planifiées. «Elles sont souvent liées à la venue d’un ravitailleur qui va nous apporter un équipement que nous allons aller installer à l’extérieur.» Deux sont ainsi liées à l’arrivée du HTV japonais (en décembre) qui apportera des batteries prévues pour être installées sur le tribord de la station spatiale internationale et plus exactement au pied des panneaux solaires. Deux des huit batteries nickel-cadmium doivent être changées. Elles seront remplacées par des circuits lithium-ion. Deux autres sorties sont liées à la venue du Dragon pour la réinstallation du module de docking destinés au transport d’astronautes par les futurs véhicules privés (Crew Dragon et Boeing CST 100 Starliner, notamment).

Thomas Pesquet - EVA - Houston

Thomas Pesquet s’est entraîné à l’art délicat de l’EVA, la sortie dans l’espace en scaphandre (ici à Houston). Lors de sa mission, il sera peut-être amené à accomplir une telle tâche réputée difficile sur le plan physique et aussi celui de la concentration.
Crédit : NASA

Cependant, l’art délicat de l’EVA nécessite un long et rigoureux entraînement. Thomas Pesquet a donc répété plus de vingt-cinq fois ce périlleux exercice en piscine à Houston. Un exercice qui, comme n’importe quel examen, est noté. «Je ne voulais pas le dire moi-même mais oui, j’ai eu une bonne note…», répond-il en souriant à notre question. Plus sérieusement, Thomas Pesquet espère ainsi réaliser au moins une EVA lors de son vol. Par ailleurs, sur une mission de six mois il faut pouvoir répondre à toutes les situations d’urgence y compris médicales. S’il le faut, notre astronaute peut assurer les fonctions de dentiste du bord. «Je sais faire la piqûre pour faire l’anesthésie locale…». Au besoin, il peut même arracher une dent !

Thomas Pesquet - MS-03 - Training

À Houston, et avec ses collègues astronautes, Thomas Pesquet s’entraîne aux premiers secours.
Crédit : NASA

Enfin, un voyage de six mois au long cours ne s’envisage jamais sans emporter quelques objets personnels. Son saxophone, un temps envisagé restera au sol, «malheureusement cela aurait été fait au détriment d’expériences». Thomas emporte donc sa ceinture de judo, ses insignes de pilote ou encore l’intégrale de St Exupéry et une montre Oméga Speedmaster offerte pas son frère. Le retour sur Terre est prévu le 20 avril 2017…

Thomas Pesquet - AJPAE - 15 septembre - Paris

Thomas Pesquet répond aux questions sur sa mission Proxima lors d’une rencontre organisée par l’Association des Journalistes Professionnels de l’Aéronautique et de l’Espace (AJPAE) le 15 septembre à Paris.
Crédit : Cité de l’espace/Antoine Meunier

 

Retrouvez Thomas Pesquet dans notre dossier consacré au 10ème Français dans l’espace.
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