Une nouvelle origine pour les lacs de Titan

Une nouvelle origine pour les lacs de Titan

Une étude basée sur les données de la mission américano-européenne Cassini-Huygens avance que certains lacs de méthane liquide sur la lune de Saturne se sont formés suite à l’explosion de poches d’azote.

Avec 5 151 km de diamètre, Titan est la plus grande lune de Saturne et aussi la deuxième plus grande lune du Système solaire derrière Ganymède (qui elle tourne autour de Jupiter). De 2004 à 2017, la mission américano-européenne Cassini-Huygens a apporté des données inédites sur Saturne, ses anneaux et ses lunes. Les scientifiques continuent à analyser les informations récoltées et établissent de nouveaux modèles.

Des lacs explosifs

C’est ainsi que Giuseppe Mitri de l’université Gabriele-d’Annunzioa en Italie a dirigé une équipe internationale de chercheurs qui a conclu à un nouveau modèle de formation pour les plus petits lacs de Titan.
Rappelons tout d’abord que les observations menées avec l’orbiteur Cassini et le module Huygens (fourni par l’Agence Spatiale Européenne à la NASA) qui signa le premier atterrissage sur Titan le 14 janvier 2005 ont permis de dresser un portrait de cette lune où, au sein d’un monde très froid (-180 °C à la surface), le méthane joue le rôle de l’eau sur Terre. Il pleut donc du méthane sur Titan car dans les conditions de température et de pression (1,4 bar) qui y règnent, cet hydrocarbure se comporte comme un liquide au lieu d’un gaz. À la surface de la plus grande lune de Saturne, il creuse des rivières et alimente des lacs. Certains, gigantesques, s’étendent sur des dizaines voire centaines de kilomètres. Titan est ainsi le seul corps du Système solaire, en dehors de la Terre, doté d’étendues liquides persistantes.

Image d’artiste des lacs entourés d’une bordure dans la région du pôle Nord de Titan. Leur formation résulterait d’explosions de poches d’azote. Crédit : NASA/JPL-Caltech

Image d’artiste des lacs entourés d’une bordure dans la région du pôle Nord de Titan. Leur formation résulterait d’explosions de poches d’azote.
Crédit : NASA/JPL-Caltech

Giuseppe Mitri et ses collègues se sont penchés sur les lacs de taille modeste, notamment ceux détectés près du pôle Nord, qui sont, d’après les relevés radar de Cassini, entourés de reliefs de plusieurs dizaines de mètres de hauteur. Le scénario de formation par pluie et ruissellement de méthane ne tient pas selon eux en raison précisément de la présence des bordures. Ils avancent que des poches d’azote dans la croûte de glace d’eau de Titan ont pu se réchauffer à l’occasion de périodes plus chaudes, donnant un gaz qui a explosé et ainsi formé un cratère. Cette «naissance explosive» pour ainsi dire explique le relief qui les entoure. Par la suite, les pluies de méthane ont rempli la cavité.

On le constate, Titan reste un monde fascinant qui est loin d’avoir livré tous ses secrets. Cet été, la NASA a d’ailleurs sélectionné une nouvelle mission pour son programme New Frontiers : Dragonfly (libellule en anglais). Pour le compte de l’agence américaine, l’Applied Physics Laboratory de la Johns Hopkins University (déjà responsable de la mission New Horizons vers Pluton) réalisera un drone volant de 420 kg et doté de 4 couples de rotors qui sera capable d’explorer la surface de Titan en se déplaçant par bonds aériens (vidéo ci-dessous). Le décollage est prévu pour 2025 avec une arrivée en 2034. Ce sera le deuxième atterrissage sur cette lune après Huygens 29 ans plus tôt.