Vikram devient silencieux à 2,1 km de la Lune

Vikram devient silencieux à 2,1 km de la Lune

L’atterrisseur indien Vikram a cessé d’émettre à seulement 2,1 km d’altitude lors de sa tentative d’alunissage le 6 septembre. La sonde Chandrayaan-2 dont il s’était séparé fonctionne normalement et orbite autour de notre satellite naturel.

Avec sa mission Chandrayaan-2, l’Inde amorce un retour ambitieux vers la Lune, une destination qu’elle avait explorée depuis l’orbite en 2008 avec Chandrayaan-1. Le décollage de ce nouveau «chariot lunaire» (traduction de chandrayaan) s’était déroulé avec succès le 22 juillet dernier suivi d’une arrivée autour de notre voisine céleste le 20 août.

Mise à jour du 10 septembre : Vikram a cessé d’émettre à 2,1 km de le surface de la Lune lors de sa procédure d’atterrissage le 6 septembre (voir le reste de l’article). Le lendemain, les médias indiens ont relayé des informations indiquant que l’agence spatiale de leur pays avait retrouvé l’atterrisseur grâce à des clichés pris par l’orbiteur Chandrayaan 2. Un tweet de l’ISRO du 10 septembre confirme officiellement que c’est le cas et que des tentatives sont menées pour établir des communications avec Vikram.

L’Inde choisit la transparence du direct

En fait, Chandrayaan-2 est une mission double. Il y a tout d’abord la sonde ou l’orbiteur, un engin de 2,3 tonnes bardé d’instruments scientifiques et chargé d’accomplir les manœuvres de navigation jusqu’à la Lune et les ajustements d’orbite pour se placer sur une ronde à environ 100 km d’altitude. Un objectif parfaitement atteint par les contrôleurs de l’ISRO (Indian Space Research Organisation), l’agence spatiale indienne. Ensuite, il y a l’atterrisseur Vikram de 1,4 tonne qui héberge le petit rover de 27 kg Pragyan. C’est cet atterrisseur qui s’est séparé de l’orbiteur pour amorcer sa descente et tenter de se poser le 6 septembre (le 7 en Inde en raison du fuseau horaire) à 70° de latitude sud, ce qui en aurait fait l’engin le plus près du pôle Sud lunaire.
Faisant le choix de la transparence, l’Inde a diffusé en direct la phase d’arrivée avec les caméras au cœur du centre de contrôle de l’ISRO. Le Premier ministre de la plus grande démocratie du monde, Narendra Modi était présent.

Ci-dessous, le replay du direct de l’ISRO.

L’alunissage était prévu pour 20h23 en Temps Universel (2 heures de plus pour la France métropolitaine). Vikram a visiblement suivi la trajectoire programmée. Lors des 15 minutes de la descente, il faut savoir que l’atterrisseur était en mode automatique, ses propulseurs le freinant afin qu’il s’approche de la surface avant d’effectuer une pause à une centaine de mètres pour que ses senseurs analysent le terrain et déterminent un endroit dégagé d’obstacles (roches, cratères) pour se poser. Malheureusement, il semble que cette ultime étape n’ait pas été atteinte. Alors que la télémétrie affichée montrait que Vikram restait dans son couloir de descente, tout contact avec lui a cessé à 2,1 km d’altitude. L’heure de l’atterrissage théorique passa et l’ISRO confirma la perte du signal, commentant sobrement que «les données sont en train d’être analysées».

Le graphique montrant la descente de Vikram (en vert) sur les écrans de contrôle de l’ISRO. Crédit : ISRO/Cité de l’espace

Le graphique montrant la descente de Vikram (en vert) sur les écrans de contrôle de l’ISRO.
Crédit : ISRO/Cité de l’espace

 

Le Premier ministre Narendra Modi n’a pas manqué d’apporter rapidement son soutien devant les caméras, confirmé par le tweet ci-dessous. Traduction : «L’Inde est fière de nos scientifiques ! Ils ont donné le meilleur d’eux-mêmes et ont toujours fait la fierté de l’Inde. Ce sont des moments où il faut être courageux, et courageux nous le serons !».

Les enjeux politiques ne sont pas absents du programme spatial indien. Avec les satellites d’observation de la Terre et ceux dédiés aux télécommunications, l’ISRO fournit à son pays une infrastructure spatiale indispensable à son développement. Les missions scientifiques comme Chandrayaan-2 poussent le secteur industriel et universitaire vers l’excellence afin d’insérer l’Inde dans la société de la connaissance tout en démontrant ses capacités technologiques face au puissant voisin chinois qui a déjà réussi 2 alunissages avec Chang’e-3 et 4. On notera que l’ISRO s’est aussi vu confier le but de réaliser une mission habitée d’ici 2021 ou 2022, un objectif souligné par le Premier ministre Narendra Modi en personne lors d’un discours donné cette année à l’occasion des célébrations liées à l’anniversaire de l’indépendance.

Dans la vidéo ci-dessous, on voit le Premier ministre qui réconforte Kailasavadivoo Sivan, patron de l’ISRO.

La déception qui entoure Vikram ne doit pas occulter le succès de la partie orbiteur de la mission. Chandrayaan-2 tourne autour de la Lune et héberge 8 instruments scientifiques. Il est prévu pour fonctionner 1 année en se focalisant sur l’étude de l’exosphère (atmosphère extrêmement tenue) de notre satellite naturel, la composition de son sol et la recherche de glace d’eau dans les régions en permanence à l’ombre.

Préparation au sol de Chandrayaan-2 avant son envol du 22 juillet. Au fond à gauche, l’atterrisseur Vikram conçu pour fonctionner 2 semaines sur la Lune. À droite, l’orbiteur qui tourne actuellement autour de notre satellite naturel et qui doit rester actif 1 an. Avec ses 8 instruments embarqués, l’orbiteur a toujours été considéré comme la principale source de retour scientifique de cette mission. Crédit : ISRO

Préparation au sol de Chandrayaan-2 avant son envol du 22 juillet. Au fond à gauche, l’atterrisseur Vikram conçu pour fonctionner 2 semaines sur la Lune. À droite, l’orbiteur qui tourne actuellement autour de notre satellite naturel et qui doit rester actif 1 an. Avec ses 8 instruments embarqués, l’orbiteur a toujours été considéré comme la principale source de retour scientifique de cette mission.
Crédit : ISRO