Don’t Look Up : regardez le ciel !

Don’t Look Up : regardez le ciel !

Le film Don’t Look Up réalisé par Adam McKay avec Jennifer Lawrence et Leonardo DiCaprio imagine le déni des autorités et du public alors qu’une comète se dirige vers la Terre. Une critique au vitriol d’un monde qui tourne le dos à la science.

Porté par la plateforme de diffusion en ligne Netflix, Don’t Look Up (ou Déni Cosmique) a rencontré un fort succès international, y compris en France. Le réalisateur Adam McKay y met en scène deux astronomes, Randall Mindy (Leonardo DiCaprio) et sa doctorante Kate Dibiasky (Jennifer Lawrence), qui affrontent l’inadéquation de la réponse des autorités politiques et l’incrédulité d’un public trompé par de fausses informations. Ceci alors que l’inévitable impact de la comète découverte par la doctorante signera la fin de la civilisation dans 6 mois…

Regardez le ciel !

Tout commence par une série d’observations avec le télescope Subaru. Cet observatoire existe, mais contrairement à ce que montre la séquence d’ouverture, les astronomes ne seraient pas devant leurs écrans de contrôle avec une lumière ambiante à côté d’un tel instrument.

Les astronomes Kate Dibiasky (Jennifer Lawrence) et Randall Mindy (Leonardo DiCaprio), les protagonistes principaux de Don’t Look Up. Crédit : Netflix

Les astronomes Kate Dibiasky (Jennifer Lawrence) et Randall Mindy (Leonardo DiCaprio), les protagonistes principaux de Don’t Look Up.
Crédit : Netflix

En revanche, le rayon laser émis par l’observatoire n’est pas un ajout cinématographique : il s’agit d’une méthode employée pour réduire la turbulence atmosphérique (le laser produit une étoile artificielle qui sert de référence à un complexe système de compensation appelé optique adaptative). Bref, comme tout film, la réalisation se permet des simplifications ou entorses au réel pour appuyer le propos scénaristique. Ci-dessous, la bande-annonce.

Ainsi, la comète de 9 km de large découverte par Kate Dibiasky ne signifiera pas la fin de toute vie sur Terre comme expliqué, mais en revanche bien la fin de la civilisation humaine. Ensuite, le Planetary Defense Coordination Office de la NASA évoqué dans le film n’a pas été inventé pour Don’t Look Up. Avec humour (car il s’agit d’une satire avec beaucoup de moments drôles pour mieux dénoncer les absurdités de notre monde), la mise en image fait une pause pour souligner le fait que cet organisme est réel ! D’ailleurs, les agences spatiales et institutions scientifiques chargées d’observer le ciel se coordonnent en vue de détecter les objets qui pourraient entrer en collision avec notre planète (aucun n’a été repéré à ce jour). Cette logique comprend aussi une réflexion sur les méthodes à appliquer afin de dévier une éventuelle menace (à l’image du test mené avec la mission DART). L’effort international de surveillance est le sujet du film documentaire IMAX Chasseurs d’Astéroïdes 3D diffusé à la Cité de l’espace de Toulouse (bande-annonce ci-dessous).

Ainsi, contrairement au titre du film Don’t Look Up (qui signifie en français «ne regardez pas là-haut» ou «ne levez pas les yeux»), nous regardons le ciel ! Le scénario repose astucieusement sur une comète. Ceci, car les orbites de ces astres rendent une découverte proche d’un impact potentiel plus plausible. Même si seulement 6 mois de délai apparaissent peu réalistes (une comète de 9 à 10 km serait repérée plus loin).
Toutefois, dans Don’t Look Up, la Maison-Blanche décide de temporiser malgré le peu de temps qui reste, n’écoutant pas réellement le Planetary Defense Coordination Office de la NASA. Les astronomes alertent alors les médias et la présidente des États-Unis (interprétée par Meryl Streep) finit, surtout par intérêt politique, de se réclamer d’une initiative visant à dévier la comète… sauf que celle-ci sera menée en dépit du bon sens.

Reçus à la Maison-Blanche, les astronomes alertent une présidente jouée par Meryl Streep qui incarne un pouvoir politique déconnecté de la science. Crédit : Netflix/Cité de l’espace

Reçus à la Maison-Blanche, les astronomes alertent une présidente jouée par Meryl Streep qui incarne un pouvoir politique déconnecté de la science.
Crédit : Netflix/Cité de l’espace

Le propos du réalisateur Adam McKay est un parallèle voulu et assumé avec la situation du changement climatique où les avertissements des scientifiques rencontrent parfois l’incrédulité des élus, voire leur opposition et des mesures qui ne sont pas toujours adéquates.

Une satire remplie d’allusions

Adam McKay continue son regard acerbe et satirique de l’Amérique vu dans son précédent film, Vice. Il élargit le propos à la dérive d’une information mêlée au divertissement (ce qu’on appelle l’infotainment), aux emballements et simplifications des réseaux sociaux ainsi qu’aux déferlements de fake news qui rendent inaudibles la parole scientifique raisonnée.

Avec Don’t Look Up, Adam McKay réalise une peinture au vitriol d’une société divisé par la politique et gangrénée par les fake news. Crédit : Cité de l’espace/Netflix

Avec Don’t Look Up, Adam McKay réalise une peinture au vitriol d’une société divisé par la politique et gangrénée par les fake news.
Crédit : Cité de l’espace/Netflix

Une des clés de compréhension de Don’t Look Up est probablement la petite figurine de Carl Sagan (1934-1996), mascotte des scientifiques lors des premières séquences du film. Cet astronome américain qui devint célèbre par sa série de vulgarisation Cosmos, écrivit plusieurs livres, dont un moins connu, The Demon Haunted World. Dans cet ouvrage de 1994 co-rédigé avec son épouse Ann Druyan, il explique les risques de l’obscurantisme et avance qu’un public et des politiques en divorce avec la méthode scientifique représentent une menace pour la démocratie. Don’t Look Up s’inspire visiblement de cette réflexion. Adam McKay s’appuie aussi sur des dérives actuelles en mettant en scène le parti politique de la présidente qui cherche à minimiser le danger de la comète (destruction de l’Humanité, rappelons-le…) en créant un clivage idéologique dans un but électoraliste et en adoptant justement comme slogan «don’t look up» (repris notamment sur des casquettes…). Et lorsque vers la fin du film, la partie du public ainsi trompée perçoit la comète dans le ciel et réalise la catastrophe à venir, il est trop tard.

Le scientifique Teddy Oglethorpe (joué par Rob Morgan) devant un panneau avec «il n’y a pas de planète B», un des avertissements de Don’t Look Up. Crédit : Netflix 

Le scientifique Teddy Oglethorpe (joué par Rob Morgan) devant un panneau avec «il n’y a pas de planète B», un des avertissements de Don’t Look Up.
Crédit : Netflix

Outre ce pamphlet où tout le monde en prend pour son grade (les chaînes d’information marquées politiquement qui répandent des infox, les complotistes, les scientifiques qui ont du mal à expliquer clairement, les personnes qui animent les réseaux sociaux, etc.), Adam McKay, qui est également scénariste, glisse adroitement des allusions annexes non moins pertinentes. On en sélectionnera 2 afin de ne pas trop allonger un article déjà long !

Le début de l’histoire établit sans ambiguïté que la découverte de la comète revient à la doctorante Kate Dibiasky. L’objet céleste finit d’ailleurs par porter son nom, comme le veut l’usage. Pourtant, la présidente des États-Unis présente à un moment Randall Mindy comme celui qui en est à l’origine. Voilà un clin d’œil bien senti au fait que des femmes de science ont été souvent écartées des récompenses que méritait leur travail. On peut ainsi penser au cas de Jocelyn Bell qui découvrit le premier pulsar en 1967. Cette avancée majeure de l’astronomie fut couronnée par un prix Nobel en 1974 remis à son directeur de thèse Antony Hewish. Dans le film, Mindy est le directeur de thèse de Dibiasky.

Le deuxième exemple exige en revanche de divulgacher un ressort du film et sa fin. C’est pourquoi nous vous donnons rendez-vous sous l’image ci-dessous. Vous pourrez ainsi ne pas être «spoilé» si vous n’avez pas encore vu Don’t Look Up.

Vous continuez à lire ? Attention, spoiler !
Les États-Unis finissent par lancer une mission afin d’intercepter la comète et la faire changer de trajectoire. Mais cette initiative est interrompue, car l’administration américaine a d’autres plans suggérés par le milliardaire Peter Isherwell qui se trouve être également un donateur pour la campagne de la présidente. À la tête de son empire Bash Cellular qui comprend une compagnie spatiale, Isherwell met sur pied une mission robotique qui fragmentera la comète. Les débris de celle-ci arriveront alors (soi-disant) sans risque dans l’océan Pacifique, autorisant d’en exploiter les richesses minières estimées à des milliers de milliards de dollars. Randall Mindy découvre que la science sur laquelle repose ce projet n’a pas suivi les rigueurs de la méthode scientifique et s’allie avec Kate Dibiasky (écartée par les politiciens) et d’autres savants afin de pousser à une nouvelle mission internationale de déviation.

Mark Rylance interprète Peter Isherwell, un milliardaire faussement humaniste qui utilise science et technologie à tort et à travers. Crédit : Netflix

Mark Rylance interprète Peter Isherwell, un milliardaire faussement humaniste qui utilise science et technologie à tort et à travers.
Crédit : Netflix

De toute évidence, Peter Isherwell (remarquable Mark Rylance) qui est à la fois à la tête d’un empire informatique, du web et du spatial, permet de se moquer en un seul personnage d’entreprises comme Apple, Google et plusieurs du New Space. La folie robotique de Bash Cellular échoue et la civilisation humaine est détruite par l’impact de la comète. Adam McKay va ici jusqu’au bout de sa fable sur le danger d’une société qui a tourné le dos à la science.
Le réalisateur n’en a pour autant pas fini avec son pamphlet. Après ce qui semble être la fin du film, on assiste à l’arrivée sur une exoplanète des capsules d’atterrissage d’un immense vaisseau qui transportait, endormis, Peter Isherwell accompagné de celles et ceux qui ont suffisamment payé pour être ainsi sauvés (dont la présidente). Précisons que, dégoûté, Randall Mindy avait refusé l’invitation, préférant vivre ses derniers moments avec ses proches et amis.
Suit alors la scène qui peut paraître la plus étrange. Les passagers découvrent un monde inconnu en sortant nus de leurs capsules de transport après avoir émergé d’un sommeil artificiel. Isherwell se déclare satisfait par le fait qu’un peu plus de la moitié ait survécu aux conditions du voyage, brossant un peu plus le cynisme et le manque d’empathie du personnage. En fait, cette ultime séquence met en scène le fantasme de nouvel Eden (souligné par le fait que les gens soient nus) élitiste avancé par certains rêveurs qui pensent qu’en s’établissant sur un autre monde que la Terre, on pourrait amorcer une utopie entre «bonnes personnes». La réalité ne tarde pas à frapper lorsque la présidente s’approchant d’une des créatures de cette exoplanète se fait attaquer et tuer par celle-ci. L’Eden promis ressemble plutôt à un enfer.

Il n’y a pas de planète B…

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